
Main sur livre, mer tumultueuse
Cécile Denjean, autrice de thrillers reconnue originaire des Hautes-Pyrénées, opère un virage radical dans sa carrière littéraire. Avec son dixième roman, elle abandonne ses personnages phares et se lance dans un exercice inédit qui la propulse vers de nouveaux horizons narratifs.
Un roman né dans le sillage du mouvement MeToo
C’est à travers « Déferlante », publié aux Éditions Michel Lafon (464 pages, 21,95€), que l’écrivaine livre son ouvrage le plus audacieux. Ce livre marque un tournant majeur dans son parcours créatif.
Le mouvement MeToo et les révélations d’abus dans l’univers cinématographique ont profondément inspiré cette nouvelle création. Les témoignages glaçants et le traitement réservé aux victimes ayant osé s’exprimer ont nourri sa réflexion.
« Ça pourrait être un sujet ; ces abus que l’industrie du cinéma a pu générer », explique-t-elle, souhaitant dévoiler ces mécanismes de l’intérieur. De cette volonté est né le personnage de Chloé.
Les secrets inavouables d’une dynastie bretonne
L’intrigue se déploie en Bretagne, exploitant la puissance évocatrice de l’océan pour créer des atmosphères saisissantes. L’autrice plonge dans les arcanes d’une grande famille bretonne, révélant des « péchés inavouables » et de « vieilles et rances haines ».
Pour la première fois, Cécile Denjean compose un thriller sans ses figures récurrentes comme le Major Louise Coman ou Louise Boutier. Fini également l’archétype classique de l’enquêteur et la structure d’investigation traditionnelle.
Une liberté créative retrouvée
Ce « suspense pur » représente un « grand changement, un grand virage » et un « formidable champ de liberté » pour la romancière. Cette démarche l’a contrainte à se réinventer totalement et à explorer d’autres mécanismes narratifs.
Elle qualifie ce projet de « renouveau au niveau de ma narration et de la manière dont je m’empare de mon imaginaire et de l’écriture ». Un pari risqué mais salutaire, décrit comme un « sommet de suspense pur » et un « formidable thriller ».
Quand la fiction devient miroir social
« Le livre est un formidable vecteur », affirme l’écrivaine. Selon elle, la fiction et ses personnages permettent de « traiter de choses extrêmement réelles » et « d’interpeller les gens ».
Le genre noir offre des possibilités particulières. Il autorise à « toucher les zones d’ombre de la société, les glissements, les choses préoccupantes de notre monde ».
Divertir sans renoncer au fond
« On peut s’en emparer grâce à une fiction. On vient gratter à certains endroits », précise-t-elle. L’objectif reste de « divertir tout en ayant un vrai sujet ».
Cette approche permet de « soulever des questions ou s’emparer de questions qui sont sociétales », transformant le polar en outil de réflexion collective.
Une passion née dans les pages du Club des Cinq
La vocation littéraire de Cécile Denjean trouve ses racines dans le plaisir de la lecture. Les romans d’Enid Blyton, notamment Le Club des Cinq, ont « engendré très tôt » son désir d’écrire.
Sa motivation profonde ? « Faire vivre aux autres toutes les émotions qu’on a soi-même ressenties », confie la romancière.
L’édition de son premier livre demeure le souvenir le plus intense de sa carrière. Elle évoque une « immense joie » et un « sentiment très, très fort d’accomplissement », comparable au « Graal ».
