
Combattants djihadistes en Syrie ©Capture d'écran Youtube
À la cour d’assises spécialement composée de Paris, un procès d’une rare gravité se déroule dans un silence pesant. Les témoignages glaçants de femmes yézidies, victimes de crimes contre l’humanité, résonnent dans la salle. L’accusé, jugé par contumace, incarne la barbarie d’une organisation terroriste qui a fait de l’esclavage sexuel une arme de guerre systématique.
Sabri Essid, djihadiste français, comparaît pour des faits d’une gravité exceptionnelle : génocide et crimes contre l’humanité commis contre la minorité yézidie. Un procès historique qui met en lumière l’ampleur des atrocités perpétrées par Daesh.
Des témoignages insoutenables lus par le président de la cour
L’intensité émotionnelle est telle que Marc Sommerer, président de la cour, doit lui-même prendre en charge la lecture des déclarations d’Aveen* et Basi*. Ces femmes yézidies portent en elles des traumatismes indélébiles, fruits des violences subies entre les mains de leurs bourreaux.
Leurs récits décrivent une descente aux enfers qui a débuté le 3 août 2014, lorsque Daesh a lancé son offensive meurtrière contre leur communauté. Arrachées à leurs familles, elles ont été plongées dans un système organisé de réduction en esclavage.
L’horreur d’un système d’esclavage sexuel organisé
Aveen avait 21 ans lorsqu’elle a été séparée de force de sa famille. Son calvaire l’a menée jusqu’en Syrie, où elle a été vendue aux enchères comme une vulgaire marchandise. Son témoignage révèle qu’elle est devenue la propriété successive de neuf hommes différents.
Ces transactions, réalisées sur de véritables marchés aux esclaves, constituaient une pratique courante au sein de l’organisation terroriste. Les femmes et les fillettes yézidies étaient achetées, revendues, échangées au gré des envies de leurs tortionnaires.
Viols systématiques et déshumanisation totale
Basi témoigne quant à elle des abus sexuels répétés qu’elle a endurés, mais aussi d’une souffrance supplémentaire : la séparation d’avec sa fille Djami, elle aussi victime de ces crimes. Une douleur qui s’ajoute à l’horreur quotidienne de l’esclavage.
Certains de ces hommes administraient des contraceptifs à leurs victimes, parfois volontairement, parfois non, uniquement par commodité personnelle. Une pratique qui illustre la totale déshumanisation dont ces femmes ont été l’objet.
Un procès qui marque les esprits
L’atmosphère dans la salle d’audience témoigne de la charge émotionnelle portée par ces révélations. Le président de la cour et l’ensemble des participants au procès sont profondément marqués par l’ampleur des atrocités décrites.
Ce procès représente une étape cruciale dans la quête de justice des victimes yézidies. Même si l’accusé est jugé par contumace, cette procédure permet de documenter officiellement les crimes de génocide perpétrés contre cette minorité religieuse.
Les témoignages d’Aveen et Basi, bien que dévastateurs à entendre, constituent des preuves essentielles pour établir la réalité historique de ces exactions et empêcher que de tels crimes ne tombent dans l’oubli.
*Les prénoms ont été modifiés pour protéger l’identité des victimes.
