
Deux bébés retrouvés dans un sac une mère de 26 ans jugée pour infanticide à Dijon/ crédit adobestock
Un drame familial d’une rare violence s’est invité à la cour d’assises de Dijon. Sabrina Boulsas, aujourd’hui âgée de 26 ans, comparaît aux côtés de sa propre mère pour des faits qui glacent le sang : le meurtre et la tentative de meurtre de ses jumelles nouveau-nées. Un procès qui questionne les limites de la détresse et de la responsabilité maternelle.
Un accouchement dans le secret et la douleur
Tout commence dans la nuit du 23 au 24 mai 2020. Sabrina Boulsas accouche seule de jumelles prématurées, nées à moins de sept mois de grossesse. Chacune des nouveau-nées pesait moins de 800 grammes. Un accouchement qu’elle décrit comme solitaire et vécu « dans la douleur ».
Selon l’autopsie, les deux bébés étaient en vie à la naissance. Mais au lieu d’alerter les secours, la jeune femme aurait fermement emmailloté ses filles avant de les dissimuler dans un sac de courses, avec l’aide de sa mère.
Un appel aux pompiers qui révèle l’horreur
C’est Zara Nacir, la grand-mère âgée de 44 ans, qui finit par contacter les pompiers. Elle prétexte que sa fille perd « beaucoup de sang », sans jamais mentionner ni la grossesse ni l’existence des bébés.
À l’arrivée des secours, elle aurait même demandé : « Ne parlez pas trop fort, mon compagnon n’est pas au courant de la grossesse ». Une phrase qui témoigne du climat de secret pesant sur cette naissance.
Quand les ambulanciers interrogent Sabrina Boulsas sur « ce qui avait été expulsé », elle tend un sac de courses caché derrière un meuble. À l’intérieur, les secouristes découvrent le corps sans vie d’un nouveau-né et l’autre bébé, encore vivant.
Un empaquetage qui accable les accusées
L’accusation insiste sur les conditions dans lesquelles les jumelles ont été trouvées. Les nouveau-nés avaient été empaquetés dans des vêtements de manière si serrée que la sage-femme de l’hôpital avait eu « des difficultés » à les libérer.
La grand-mère aurait ensuite placé cet emballage dans un sac plastique supplémentaire. Pour l’avocat du département de Côte-d’Or, Me Marie-Christine Klepping, cet empaquetage « n’est pas le fruit du hasard » et témoigne d’une « volonté de se débarrasser » des enfants.
Des accusations fermement contestées
À l’ouverture du procès lundi 2 mars à Dijon, Sabrina Boulsas a affirmé : « En aucun cas, je n’ai voulu donner la mort à mes enfants ». Concernant l’empaquetage des bébés, elle a déclaré à la barre : « C’était juste un réflexe ».
De son côté, Zara Nacir a également répondu qu’elle n’a « pas voulu donner la mort à ces enfants ». Sabrina Boulsas accuse même sa mère de ne pas l’avoir soutenue durant cette épreuve.
Une grossesse cachée par crainte et par pression
Lors de l’enquête, la jeune femme a révélé avoir voulu « perdre l’enfant », ignorant qu’elle attendait des jumelles faute de suivi gynécologique. Elle craignait que « cet enfant » ne menace sa vie sentimentale après avoir été abandonnée par le père et engagée dans une nouvelle relation.
L’accusation précise qu’elle aurait également cherché sur Internet des méthodes pour interrompre une grossesse. La situation aurait été compliquée par des principes religieux stricts imposés par son beau-père, la poussant à cacher sa grossesse.
Entre détresse absolue et responsabilité pénale
Me Chloé Bonnat, avocate de Sabrina Boulsas, invoque une « détresse absolue » et un état d’« affolement ». Un expert psychiatre souligne l’« immaturité » de la jeune mère. Pour la défense, « il n’y a pas d’infraction pénale » et un acquittement sera plaidé.
Face à ces arguments, l’accusation et la partie civile pointent au contraire une volonté délibérée « de se débarrasser » des enfants. Les deux accusées encourent la réclusion criminelle à perpétuité.
Le procès devrait se poursuivre toute la semaine et s’achever vendredi, laissant aux jurés le soin de trancher entre détresse maternelle et infanticide volontaire.
