
Vote incertain
Le fondateur de La France Insoumise a officialisé ses ambitions pour l’élection de 2027, provoquant une nouvelle vague de tensions au sein de la gauche française. Entre opposition frontale avec ses anciens alliés et sondages défavorables, le député des Bouches-du-Rhône entend néanmoins incarner une alternative au Rassemblement national.
Une candidature qui divise déjà la gauche
En annonçant « Je suis candidat », le dirigeant insoumis a franchi le pas plusieurs mois avant l’échéance électorale. La France Insoumise désignera officiellement son représentant dans les prochains jours, avec l’objectif de structurer rapidement sa campagne.
Cette déclaration précoce vise, selon lui, à renvoyer ses rivaux de gauche à leur « confusion », revendiquant une ligne claire : « Nous, c’est carré ». Il propose par ailleurs « une campagne commune » qu’il qualifie d’« Une nouvelle alliance populaire » pour les scrutins sénatoriaux, présidentiels et législatifs.
Des relations tendues avec les autres formations
François Hollande a tranché sans appel : « La relation est terminée », estimant impossible toute alliance entre le Parti socialiste et LFI. Olivier Faure accuse Mélenchon d’être « devenu le boulet de la gauche », expliquant ainsi plusieurs défaites socialistes aux élections municipales.
François Ruffin va jusqu’à qualifier Jean-Luc Mélenchon et François Hollande de « deux boulets » pour la gauche. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, affirme quant à elle qu’il « fait tout » pour être « le roi du cimetière ».
Un positionnement rejeté par l’opinion publique
Les sondages Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche dessinent un paysage électoral complexe. Si Jean-Luc Mélenchon progresse légèrement dans les intentions de vote, le Rassemblement national conserve une avance considérable.
Plus préoccupant pour LFI : 70% des Français considèrent sa candidature comme « un handicap » pour la gauche. Une enquête révèle également que 48% des citoyens souhaitent une candidature unique de gauche, mais sans La France Insoumise. Cette position est partagée par 73% des électeurs du Nouveau Front Populaire eux-mêmes.
Un premier tour serré, un second tour improbable
Les projections placent Édouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon dans un mouchoir de poche au premier tour, avec Jordan Bardella largement en tête. Un autre sondage suggère même un duel Philippe-Bardella au second tour, l’ancien Premier ministre étant présenté comme le seul capable de battre le candidat RN.
Pierre Moscovici estime que le leader insoumis serait « écrasé » par Marine Le Pen ou Jordan Bardella en cas de qualification. Il le considère comme le « meilleur allié » du Rassemblement national pour 2027.
Les controverses qui s’accumulent
Le député a multiplié les déclarations polémiques ces derniers mois. Après avoir plaisanté sur la prononciation des noms de Jeffrey Epstein et Raphaël Glucksmann lors de meetings, il a été accusé d’antisémitisme par le président du Crif, qui a dénoncé « un délire complotiste aux vrais relents antisémites ».
Face à Glucksmann, l’échange a été particulièrement virulent. L’eurodéputé socialiste l’a accusé d’être devenu « le Jean-Marie Le Pen de notre époque », avant de lui répondre directement « OK Jean-Marie Le Pen ». Mélenchon s’est dit « désolé » d’avoir « déformé par erreur » ces noms, des excuses jugées « indécentes » par Jérôme Guedj.
Des incidents qui alimentent la polémique
Concernant les incidents survenus lors d’un concert d’un orchestre israélien à la Philharmonie de Paris, il a déclaré ne pas les condamner, affirmant : « Je regrette surtout le génocide ». Cette position a ravivé les accusations d’ambiguïté sur l’antisémitisme.
L’Association du corps préfectoral a même déposé plainte contre lui pour « menaces » et « outrance verbale ». Gabriel Attal a qualifié LFI et le RN de « marchands de haine » et d' »apôtres du déclin », des propos dénoncés comme « paroles indignes » par Mélenchon.
Une stratégie médiatique et politique offensive
Le fondateur de LFI fait de la lutte contre la concentration des médias une « priorité » s’il accède à la présidence. Il qualifie cette question d’« urgente » pour le débat démocratique.
Son concept de « Nouvelle France », évoquant « la génération qui remplace l’autre », vise selon lui à « piéger » l’extrême droite en retournant contre elle le thème du grand remplacement. Une stratégie qui lui vaut les critiques de Marine Le Pen, qu’il accuse d’avoir « manipulé » ses propos, annonçant porter plainte.
Des confrontations tous azimuts
Bruno Retailleau est qualifié de « provocation ambulante » qui a « besoin de la violence ». Concernant Sébastien Lecornu et le recours au 49.3, il déclare : « Je le soupçonne de se ficher de nous », affirmant ne pas le croire.
À Philippe Aghion, qui refuse que le RN ou LFI « prennent le pouvoir », il propose un « débat public », lui reprochant de condamner sans explication. Éric Zemmour estime de son côté que LFI est « le parti du grand remplacement », ajoutant : « Jean-Luc Mélenchon l’assume ».
Un parcours politique marqué par les ruptures
Ancien sénateur et ministre socialiste, Mélenchon a quitté le PS en 2008 pour fonder le Parti de gauche, qu’il a codirigé jusqu’en 2014. Candidat du Front de gauche en 2012, allié au Parti Communiste, il a échoué face à Marine Le Pen aux municipales de 2014.
En février, avant la présidentielle de 2017, il lance La France Insoumise comme plateforme participative. Cette année-là, il termine quatrième avec 19,58% des suffrages exprimés. Député, il préside aujourd’hui le groupe LFI à l’Assemblée Nationale.
Des résultats municipaux en demi-teinte
Aux municipales de 2026, La France Insoumise enregistre un bilan mitigé, avec des victoires dans certaines communes mais une défaite notable à Toulouse. À Lille, Mélenchon a appelé les électeurs de gauche déçus de l’alliance PS-Écologistes à voter pour la candidate insoumise au second tour.
Seuls quelques soutiens, comme Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, pensent « pouvoir contribuer à rassembler » la gauche autour de lui en 2027. Face à cette situation, 90 personnalités de droite et du centre ont même appelé à une candidature unique, anticipant un probable « duel » entre Mélenchon et un candidat RN au second tour.
Les tensions institutionnelles persistent
Le député a annoncé le dépôt d’une nouvelle procédure de destitution contre Emmanuel Macron, estimant que « le chaos, c’est Macron » et appelant à son départ. Il s’est également plaint de ne pas avoir été invité à l’hommage national à Lionel Jospin, avant d’assurer « avoir reçu ce matin de l’Élysée une invitation par SMS pour 9h30/10h aux Invalides ».
Concernant la commission d’enquête sur les liens entre partis et islamisme, il a insisté sur la distinction entre islam, islamisme et terrorisme. Il ne s’est finalement pas rendu devant la commission, dénonçant « les conditions étonnantes » du rendez-vous. Manuel Bompard estime que l’instance « ne respecte pas les règles » en n’incluant aucun parti de gauche dans le bureau.
Une mobilisation qui se poursuit
Lors des manifestations du 18 septembre à Marseille, le leader insoumis s’est joint aux cortèges, évoquant un « immense événement ». Après la mort de Quentin Deranque, il a appelé « chacun à faire l’effort du calme et du sang froid », déclarant « Pas de surenchère! » et estimant que les agresseurs s’étaient « déshonorés ».
À Paris, il critique vivement Sarah Knafo, candidate aux municipales, la jugeant « dangereuse » et affirmant : « Elle, c’est Trump à Paris ». Une charge supplémentaire dans un climat politique déjà extrêmement tendu à l’approche de l’échéance présidentielle.
