
Jordan Bardella ©Wikimedia
La justice administrative vient de rendre un verdict sans appel concernant les comptes de campagne de la tête de liste RN aux élections européennes. Une décision qui soulève des questions sur la frontière entre dépenses électorales légitimes et frais de fonctionnement partisan.
Une ardoise de près d’un quart de million d’euros
La Cour Administrative d’Appel de Paris a tranché : près de 240 000 euros ne seront pas remboursés au parti de Jordan Bardella. Sur un budget global revendiqué de 4,13 millions d’euros, ces sommes ont été jugées non conformes aux critères des dépenses électorales.
Les magistrats ont passé au crible l’ensemble des notes de frais soumises par l’équipe de campagne du président du Rassemblement National. Leur verdict est sans ambiguïté : certaines dépenses relèvent davantage du fonctionnement courant d’un parti politique que d’une véritable stratégie de conquête électorale.
Des dépenses de sécurité et de confort épinglées
Le poste le plus important concerne la protection personnelle du candidat. La cour a refusé de valider 66 544 euros de frais liés à la sécurité rapprochée lors des apparitions médiatiques de Jordan Bardella.
Les déplacements du candidat ont également fait l’objet d’un examen minutieux. Un chauffeur privé facturé 3 941 euros n’a pas convaincu les juges de son caractère indispensable à la campagne proprement dite.
La restauration dans le viseur
Les frais de bouche représentent un autre point de crispation. Pas moins de 13 045 euros de notes de restaurant ont été écartés du remboursement. S’ajoutent à cela 400 euros consacrés à des kits de dégustation au Printemps des vins de Blaye.
Même le Salon de l’agriculture n’échappe pas au couperet : 798 euros d’entrées ont été rejetées, les magistrats estimant qu’il s’agissait d’une activité politique habituelle plutôt qu’une opération de campagne caractérisée.
Un cadeau diplomatique refusé
Parmi les dépenses invalidées figure une bouteille de champagne à 88 euros, offerte à Santiago Abascal, le dirigeant du parti espagnol Vox. Un geste considéré comme relevant des relations internationales du parti, mais pas de la campagne européenne elle-même.
Quelques dépenses validées malgré tout
Tous les frais n’ont pas été rejetés. Un déplacement en Martinique, facturé 6 337 euros, a été accepté par la juridiction administrative comme participant à l’effort de campagne dans les territoires ultramarins.
De façon plus anecdotique, 50 euros de fleurs offertes à Marine Le Pen lors d’un meeting à Marseille ont été validés. Les juges ont estimé que ce bouquet participait à « la mise en scène électorale ».
Une ligne rouge tracée par la justice
Au cœur de la décision, une distinction claire opérée par les magistrats : les cadeaux et autres opérations de convivialité ne visaient pas directement à « récolter les suffrages des électeurs » français.
Cette jurisprudence rappelle que le remboursement public des campagnes électorales n’a vocation à couvrir que les dépenses strictement liées à la conquête du vote, et non le fonctionnement général d’une formation politique ou ses activités de représentation.
