Science Louvre Souterrain
Le prestigieux musée du Louvre a été le théâtre d’un incident peu commun. Sous les galeries que parcourent chaque jour des milliers de visiteurs, un équipement scientifique de pointe utilisé pour percer les secrets des œuvres d’art a provoqué un accident aux conséquences heureusement limitées, mais qui soulève d’importantes questions de sécurité.
Un incident de niveau 3 dans les laboratoires souterrains
Le 22 juillet dernier, un accident radiologique classé au niveau 3 s’est produit dans les profondeurs du musée parisien. L’incident a impliqué l’accélérateur de particules AGLAE (Accélérateur Grand Louvre d’Analyse Élémentaire), un équipement sophistiqué utilisé par les chercheurs du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF).
Un restaurateur travaillant au C2RMF a été victime d’une irradiation alors qu’il procédait à l’analyse d’un fragment de trompette antique. L’exposition au rayonnement a causé une brûlure au premier degré sur son bras.
Le communiqué officiel publié suite à l’incident précise : « L’irradiation a engendré un érythème au niveau de l’impact du faisceau sur le bras du travailleur ».
Des défaillances techniques et humaines identifiées
Selon les premières constatations, cet accident serait le résultat d’une combinaison de facteurs. Un capteur de sécurité hors service figure parmi les causes techniques identifiées, tandis que des erreurs humaines auraient également contribué à l’incident.
L’Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection (ASNR) a mené une inspection suite à l’accident. Ses conclusions révèlent:
Des manquements préoccupants
Les inspecteurs ont identifié « un dysfonctionnement de l’automate de sécurité » ainsi qu’« une culture de radioprotection perfectible » au sein de l’établissement.
Plus inquiétant encore, ces problèmes ne semblent pas nouveaux. Lors d’une précédente inspection, l’ASNR avait déjà noté « une prise en compte des problématiques liées à la radioprotection (…) globalement perfectible ».
Mesures correctives en cours
Face à cette situation, la direction du C2RMF a réagi en annonçant une révision complète des procédures de sécurité et un renforcement de la formation du personnel. Cette réaction rapide a d’ailleurs permis d’éviter l’ouverture d’une procédure pénale malgré la gravité de l’incident.
L’accélérateur AGLAE reste temporairement à l’arrêt suite à l’accident. Sa remise en service pourrait intervenir en novembre, sous réserve de l’accord des autorités de sûreté nucléaire.
AGLAE : un outil scientifique précieux pour l’art
Malgré cet incident, l’accélérateur AGLAE demeure un instrument essentiel pour la recherche en histoire de l’art et la conservation du patrimoine.
Une technologie non invasive au service des œuvres
Cet équipement de haute technologie permet d’analyser la composition chimique des œuvres sans les endommager. Il joue un rôle crucial pour déterminer l’origine des matériaux, authentifier les pièces et comprendre les techniques anciennes de fabrication.
Un ingénieur expliquait récemment le fonctionnement de cette machine : « On crée des particules, on les accélère, elles passent dans un long tuyau et un faisceau sort dans l’air en interagissant avec l’objet. Différents types de rayonnement sont émis, certaines particules rebondissent, créent de l’énergie, on peut déterminer ainsi l’épaisseur ou détecter de la dorure sans prélèvement, déterminer la proportion de cuivre et d’étain dans un bronze ».
Une installation modernisée
AGLAE a bénéficié d’une importante modernisation en 2017, lui permettant désormais de fonctionner 24 heures sur 24 en mode automatisé. Cette évolution technologique a considérablement augmenté les capacités d’analyse du laboratoire, qui emploie plus de 150 scientifiques et restaurateurs.
L’accident survenu en juillet rappelle néanmoins que malgré ses apports scientifiques inestimables, un équipement de cette nature exige des protocoles de sécurité irréprochables et une vigilance constante.
