
Marine Le Pen @alamy
En quelques semaines, une étudiante bordelaise de 21 ans a bouleversé le paysage politique français sur les réseaux sociaux. Son parcours atypique, de l’extrême gauche au Rassemblement national, interroge sur les mutations idéologiques d’une partie de la jeunesse. Retour sur une transformation politique spectaculaire.
De l’admiration pour Mélenchon à la rupture totale
À tout juste 15 ans, Louise Montangon découvre la politique via les plateformes numériques. Elle se passionne immédiatement pour le discours de Jean-Luc Mélenchon. « Je suis tombée totalement amoureuse de ce qu’il disait », confie-t-elle aujourd’hui.
L’adolescente se revendique alors anticapitaliste, écologiste et anti-impérialiste, malgré une compréhension limitée de ces concepts. Son hostilité envers les forces de l’ordre atteint des sommets. « Je disais que c’était bien fait pour eux », reconnaît-elle à propos d’agressions de policiers.
Cette période s’accompagne d’angoisses climatiques et d’un pessimisme profond qu’elle attribue rétrospectivement aux discours d’extrême gauche.
Le monde du travail, premier électrochoc
Ses premiers emplois saisonniers constituent un tournant. La découverte des cotisations sociales et du fonctionnement réel de l’économie la déstabilise. « Je vois qu’il y a marqué 2 000 euros dessus et je saute au plafond », raconte-t-elle en évoquant sa première fiche de paie.
Ces expériences professionnelles la confrontent à la valeur de l’effort et aux mécanismes de redistribution sociale, amorçant ses premières interrogations idéologiques.
Bordeaux-Montaigne : l’université qui a tout changé
En septembre 2022, Louise Montangon intègre la faculté de philosophie de Bordeaux-Montaigne. Elle y découvre un environnement saturé d’affiches militantes et des cours régulièrement perturbés par des organisations de gauche.
Les blocages contre la réforme des retraites
En mars 2023, les blocages massifs contre la réforme des retraites l’empêchent d’accéder aux amphithéâtres. « Je ne suis pas retournée en cours jusqu’en septembre », déplore-t-elle.
Les émeutes suivant la mort de Nahel constituent le point de non-retour. « Je me suis rendu compte que j’avais rien à voir avec la gauche », résume-t-elle sobrement.
L’affaire du 7 octobre qui a tout précipité
En octobre 2024, lors d’une mobilisation sur le campus concernant le conflit israélo-palestinien, l’étudiante filme des militants célébrant les attaques terroristes du 7 octobre 2023. Selon elle, des enseignants auraient même applaudi.
« Je comprends pas comment, à 18 ou à 20 ans, on peut crier à la gloire du Hamas », s’indigne-t-elle. Elle transmet ses vidéos à l’UNI, syndicat étudiant de droite.
La rencontre avec sa « deuxième famille »
Le contact avec les responsables de l’UNI marque un basculement définitif. « J’ai rencontré ma deuxième famille », confie Louise Montangon. Elle s’engage activement : tractage, formations militantes, puis direction de la section bordelaise.
Cette conversion politique lui coûte cher socialement. « Quand je suis arrivée en cours, plus personne ne voulait me parler », témoigne-t-elle d’une mise à l’écart brutale par ses camarades.
L’ascension fulgurante au RN
En mars 2026, elle figure en cinquième position sur la liste RN de Julie Rechagneux aux élections municipales de Bordeaux. Six mois plus tard, en septembre, elle prend officiellement sa carte au Rassemblement national.
La séquence virale face à Gabriel Attal
Début octobre, Louise Montangon est invitée sur LCI lors de mobilisations lycéennes. Face à Gabriel Attal, elle l’interpelle frontalement sur son bilan à l’Éducation nationale. « J’avais juste devant moi le visage du laxisme depuis tant d’années », explique-t-elle.
La séquence devient immédiatement virale. Les vidéos dépassent rapidement le million de vues. Son nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux explose, passant de quelques milliers à près de 70 000.
Une voix pour la « majorité silencieuse »
L’étudiante perçoit cette notoriété soudaine comme une opportunité de représenter une jeunesse qu’elle estime ignorée. « Je suis en train de porter malgré moi la voix de cette majorité silencieuse », analyse-t-elle.
Selon ses dires, les demandes d’adhésion à l’UNI auraient explosé suite à ses interventions médiatiques.
Un discours de fermeté assumée
Louise Montangon dénonce l’instrumentalisation des mobilisations lycéennes par La France insoumise. Elle reconnaît la légitimité de certaines revendications concernant les horaires scolaires ou les difficultés des élèves ruraux, mais condamne fermement les blocages et dégradations.
« J’ai pas honte de cette génération. J’ai honte de cette partie de la jeunesse », précise-t-elle, revenant sur une déclaration polémique. Elle accuse les gouvernements successifs d’avoir favorisé une « culture de la casse ».
Des sanctions radicales réclamées
Sa position sur les sanctions ne souffre aucune ambiguïté : elle défend l’exclusion de l’enseignement supérieur public pour les étudiants responsables de dégradations.
Quelles ambitions politiques pour demain ?
Malgré sa médiatisation rapide, Louise Montangon assure ne pas nourrir d’ambition politique personnelle immédiate. Son objectif reste de défendre « cette jeunesse qui travaille et cette jeunesse qui n’est pas obligée de tout saccager pour se faire entendre ».
« La plus grande des ambitions que j’ai, c’est que la droite l’emporte face à tout ce chaos », conclut-elle. Une déclaration qui résume la trajectoire spectaculaire de celle qui incarne désormais un nouveau visage du RN.
