
POLICE-FRANCE
Six mois après sa nomination, Virginie Lahaye brise le silence. À la tête de la prestigieuse direction de la Police Judiciaire de la préfecture de police de Paris depuis juin dernier, elle devient seulement la deuxième femme à occuper ce poste stratégique, après Martine Monteil. Dans un contexte marqué par l’évolution rapide des réseaux criminels, elle dévoile sa feuille de route pour coordonner 2 400 policiers face aux défis actuels.
Le décloisonnement, une priorité absolue
Pour Virginie Lahaye, le cap est « très clair et a été fixé par le préfet de police ». Au cœur de sa stratégie : le décloisonnement des services. L’information constitue désormais « le nerf de la guerre », selon ses propres mots.
L’enjeu consiste à exploiter et partager rapidement les données issues des téléphones saisis, messageries chiffrées, réseaux sociaux ou cryptomonnaies. Ces éléments techniques peuvent faire basculer une enquête à tout moment.
La directrice insiste sur la collaboration entre brigades spécialisées : la BRB doit travailler main dans la main avec les services des stupéfiants, tandis que les experts du blanchiment épaulent les enquêteurs cyber. Cette transversalité vise à mieux s’adapter aux organisations criminelles en constante mutation.
Face à une criminalité polymorphe
En tant que chef de file pour la lutte contre la criminalité organisée en Île-de-France, la PJ parisienne doit affronter des réseaux aux ramifications multiples. Stupéfiants, blanchiment, home-jackings, cryptomonnaies : les activités criminelles se diversifient.
Les organisations ont évolué. Les individus basculent désormais d’un marché à l’autre, tandis que les « petites mains » sont recrutées via les réseaux sociaux pour tenir des points de deal ou commettre des cambriolages.
Virginie Lahaye souligne également l’augmentation des passerelles entre cybercriminalité et monde physique : des données volées servent à préparer des home-jackings ou à cibler des victimes potentielles. Le cyber est « partout » et va « encore monter en puissance ».
Les stupéfiants, carburant du crime
Les stupéfiants demeurent « le carburant de ces écosystèmes criminels ». Pour contrer ce fléau, la PJ déploie des actions de prévention dans les lycées, écoles et entreprises, expliquant l’origine, la fabrication et les conséquences de ces produits.
L’excellence technologique de la Brigade contre la Cybercriminalité
La Brigade de Lutte contre la Cybercriminalité (BL2C), qualifiée de « très performante », traite des dossiers de haute technicité. Ses spécialistes du numérique « accompagnent quasiment toutes les enquêtes ».
Un téléphone saisi, un ordinateur découvert lors d’une perquisition ou un portefeuille de cryptomonnaies peuvent faire basculer un dossier, rappelle la directrice. Les escroqueries aux faux conseillers bancaires connaissent également une augmentation du contentieux de masse, facilitée par la plainte en ligne.
Violences sexuelles sur mineurs : un phénomène amplifié
Les Parisiens manifestent une forte attente sur ce sujet sensible. Virginie Lahaye constate un phénomène « considérablement amplifié » : « La brigade de protection des mineurs a vu les dossiers augmenter et les formes de délinquance évoluer, notamment avec le développement de la prostitution de mineurs ».
Face à cette montée en puissance, les effectifs et les moyens ont été renforcés. Cette mission exige des « compétences particulières et une grande disponibilité des enquêteurs ».
Un management fondé sur le collectif
À la tête de 2 400 policiers, Virginie Lahaye affirme : « Je vais rester comme je suis ». Elle croit « profondément au collectif », qu’elle considère comme la « réalité de notre métier » et la « force du « 36 » ».
Son rôle de chef se décline en accompagnement, bienveillance, justice et vigilance. Sa responsabilité consiste à « permettre à tous de travailler dans les meilleures conditions, de leur donner les moyens de réussir et de les accompagner ».
Le « 36 », institution attractive
Le célèbre « 36 » demeure une « institution que tout le monde connaît, il est force d’attraction ». Cette direction spécialisée offre aux enquêteurs la possibilité de travailler « sur une matière de façon poussée » avec « du temps et des moyens ».
Pour Virginie Lahaye, le message est clair : « Il n’y a pas de petits rôles à la PJ. Sans les autres, vous ne pouvez rien. »
