
Coucher de soleil Ligurie
En Italie, une initiative religieuse controversée soulève un tollé dans la région de Ligurie. Le diocèse de Vintimille-San Remo a instauré une pratique qui divise profondément : faire sonner une cloche commémorative chaque soir à 20 heures pour les « enfants qui n’ont pas pu naître après un avortement ». Ce geste symbolique, porté par la hiérarchie catholique locale, ravive le débat sur la place de l’Église dans les choix personnels et sociétaux.
Une « invitation à la réflexion » qui fait polémique
Derrière cette initiative se trouve Monseigneur Antonio Suetta, qui défend fermement sa démarche. « Ce n’est pas une provocation mais une invitation à la réflexion », affirme-t-il. L’évêque espère que ce tintement quotidien servira de rappel à la conscience collective face à ce qu’il considère comme un « crime abominable ».
Tout en maintenant cette position doctrinale stricte, le religieux tente de nuancer son propos en précisant qu’il ne souhaite pas juger les femmes ayant recours à l’interruption volontaire de grossesse. Une distinction qui peine à convaincre ses détracteurs.
Une forte opposition citoyenne et politique
Les réactions négatives se multiplient, y compris dans les rangs des femmes catholiques. Federica Vinci, de l’association « My Voice My Choice », ne mâche pas ses mots face à cette initiative. Elle dénonce une immixtion inacceptable de l’Église dans des décisions relevant de l’intimité des femmes, qualifiant la démarche d’hypocrite et provocatrice.
Enrico Ioculano, qui fut maire de Vintimille, rappelle avec fermeté : « San Remo n’est pas un État religieux ». Il s’inquiète particulièrement de la pression symbolique que cette cloche fait peser sur les femmes.
Une interpellation directe au Pape
La controverse a même atteint les plus hautes sphères de l’Église catholique. Laura Amoretti, conseillère pour l’égalité de la région de Ligurie, a pris l’initiative d’adresser une lettre au Pape Léon XIV. Dans ce courrier, elle exprime ses préoccupations concernant le jugement public que de telles initiatives pourraient engendrer.
Cette démarche fait écho à des propos du Pape lui-même, qui avait pointé l’incohérence de certaines positions « pro-vie » soutenant la peine de mort tout en s’opposant à l’avortement.
Un contexte italien complexe autour de l’IVG
Cette polémique s’inscrit dans un cadre plus large en Italie, où l’accès à l’interruption volontaire de grossesse reste compliqué malgré la loi 194 adoptée en 1978. L’objection de conscience, largement invoquée par le personnel médical, constitue un frein important à l’application effective de ce droit.
Loin d’être découragé par la controverse, Monseigneur Suetta persiste et signe. Il encourage même d’autres évêques italiens à suivre son exemple, ce qui pourrait étendre la polémique à l’échelle nationale.
Cette initiative locale révèle ainsi les tensions persistantes entre droits des femmes et influence de l’Église catholique dans un pays où la laïcité et la religion entretiennent des rapports complexes.
