
Tension_Camping_Proprietaires
Une tension croissante oppose les propriétaires de mobil-homes aux gérants de campings partout en France. Au cœur du conflit : la rentabilité des emplacements, dont la gestion cristallise les désaccords et menace l’avenir de milliers de résidents.
Une bataille économique pour le contrôle des parcelles
Les exploitants de campings cherchent à reprendre le contrôle des parcelles louées annuellement aux propriétaires de mobil-homes. Leur objectif ? Installer leurs propres équipements et basculer vers une location hebdomadaire, nettement plus lucrative.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon Me Bertrand Salquain, avocat de la FNPRL : « Une parcelle à l’année, c’est grosso modo 3 000 euros par an. Le même emplacement peut rapporter trois fois plus en un été. »
Nicolas Dayot, président de la FNHPA qui représente les professionnels, justifie cette évolution par les besoins d’investissement. Pour lui, développer l’offre locative reste indispensable pour financer la modernisation des infrastructures.
Des résidents qui dénoncent des pratiques abusives
Du côté des propriétaires, le ressenti est tout autre. Michel Harismendy, à la tête de la FNPRL, ne mâche pas ses mots : « On fait tout pour nous chasser. »
Hausses de loyer et non-reconductions
Les plaintes se multiplient. Les résidents dénoncent des augmentations brutales de loyer au moment du renouvellement, ainsi que des refus de reconduction sans justification valable.
La situation devient encore plus compliquée lorsqu’il faut déménager. « Et quand il faut bouger pour trouver un nouveau point de chute, il n’y a plus un camping pour vous accueillir, c’est une véritable galère », témoigne Michel Harismendy.
Un modèle menacé de disparition
L’enjeu dépasse les simples considérations financières. Me Bertrand Salquain alerte : « À terme, c’est le droit de camper qui est menacé avec des campings qui basculent pleinement vers une activité d’hôtellerie de plein air. »
Un cadre juridique fragile pour les résidents
Le problème trouve en partie sa source dans la faiblesse du cadre contractuel actuel. Les emplacements sont loués via de simples contrats annuels, voire biannuels, offrant peu de protection.
Nicolas Dayot rappelle une règle fondamentale : « un propriétaire de mobil-home ne peut pas être également propriétaire de son emplacement. » Cette impossibilité place les résidents dans une situation de dépendance vis-à-vis des exploitants.
La FNPRL part en croisade juridique
Face à cette situation, la Fédération nationale de propriétaires de résidences de loisirs monte au créneau. Elle réclame l’instauration d’un contrat-type pluriannuel pour protéger les résidents contre les expulsions arbitraires.
Me Bertrand Salquain défend actuellement près de 300 propriétaires engagés dans des litiges. Fin 2024, une action en justice a même été intentée contre l’État français pour « inaction » face à cette problématique.
Des tentatives de dialogue entre les parties
Nicolas Dayot reconnaît que des améliorations sont envisageables. Il préconise « de laisser de la marge pour que les gens puissent se retourner et ne pas les prévenir d’une année sur l’autre. »
Toutefois, le président de la FNHPA met en garde contre une réglementation trop stricte : « attention à ne pas trop corseter la liberté commerciale des campings car le risque, c’est que plus personne ne veuille accepter de résidents. »
La fédération professionnelle traite actuellement 200 à 250 dossiers qu’elle tente de résoudre à l’amiable, sur les quelque 200 000 résidents recensés en France.
