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La criminalité organisée corse connaît un nouveau chapitre sanglant avec l’exécution d’un entrepreneur lié au milieu criminel. Ce meurtre s’inscrit dans une longue série de règlements de comptes entre clans rivaux qui ensanglantent l’île depuis plusieurs années, ravivant les tensions entre groupes mafieux pour le contrôle de territoires et d’activités économiques.
Un entrepreneur abattu en plein jour devant son entreprise
Le vendredi 24 octobre, la zone industrielle de Tragone à Borgo a été le théâtre d’un assassinat brutal. Romain Santini, un homme d’affaires de 33 ans, a été pris pour cible alors qu’il arrivait devant les locaux de sa société aux alentours de 7 heures du matin.
Selon les premiers éléments de l’enquête, deux assaillants ont ouvert le feu à plusieurs reprises sur la victime, ne lui laissant aucune chance de survie. Ce modus operandi porte clairement la signature d’une exécution planifiée.
Loin d’être un simple chef d’entreprise, Santini détenait des participations dans onze sociétés différentes, avec une présence notable dans le secteur touristique à Saint-Florent. Mais son profil économique cachait une autre réalité.
Un acteur identifié du paysage criminel insulaire
Les services de renseignement avaient une connaissance précise du profil de Romain Santini. Le dernier rapport du Sirasco (Service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée) l’identifiait sans ambiguïté comme un membre influent du clan Guazzelli/Michelosi, l’une des vingt bandes criminelles actives en Corse.
Ce clan, particulièrement affaibli ces dernières années, fait face à une situation critique depuis plusieurs mois.
Un clan décimé par les arrestations
Le rapport des experts du Sirasco est sans équivoque concernant la situation du groupe Guazzelli-Michelozzi :
« Cette équipe a la particularité d’avoir depuis ces faits (l’assassinat de Poretta, Ndr.) la quasi-totalité de ses membres incarcérés (…) dont les têtes du clan, toutes d’ailleurs condamnées en juin 2024 ».
Dans ce contexte d’affaiblissement, Santini représentait l’un des trois derniers membres significatifs encore en liberté. Son élimination s’inscrit dans une stratégie plus large visant à démanteler complètement ce réseau.
Une vengeance qui s’inscrit dans le temps long
L’assassinat de Romain Santini n’est pas un événement isolé mais s’intègre dans un cycle de violences dont l’origine remonte à plusieurs années.
L’aéroport de Bastia : point de bascule d’une guerre mafieuse
Le 5 décembre 2017, l’aéroport de Bastia Poretta était le théâtre d’un double assassinat retentissant. Jean-Luc Codaccioni et Antoine Quilicchini y étaient abattus dans un guet-apens minutieusement préparé par les frères Christophe et Richard Guazzelli.
Cette opération sanglante avait un objectif précis : venger l’assassinat de leur père, Francis Guazzeli, tué en 2009. Ce double meurtre marque le début d’une escalade de violence que les services de renseignement qualifient de « vaste reprise en main des intérêts du clan Guazzelli/Michelosi ».
L’émergence d’un nouveau pouvoir : le groupe des « Africains »
Face à l’affaiblissement du clan Guazzelli-Michelozzi, un nouveau groupe prend de l’ampleur dans le paysage criminel corse. Mené par Jean-Luc Codaccioni junior, le groupe surnommé les « Africains » s’appuie sur des ressources financières considérables.
Ces fonds, issus principalement des revenus générés par les jeux en Afrique, permettent à cette organisation de recruter des équipes de tueurs professionnels et de déployer une stratégie agressive visant à reprendre le contrôle des intérêts autrefois détenus par le clan Guazzelli en Haute-Corse.
L’assassinat de Romain Santini s’inscrit manifestement dans cette nouvelle dynamique de pouvoir qui reconfigure le paysage criminel insulaire, marquant une étape supplémentaire dans cette guerre des clans qui ne semble pas prête de s’éteindre.
