
tension_badminton_gouvernance
Le monde du badminton est en ébullition. Alors que les Championnats du monde de New Delhi approchent à grands pas, deux figures emblématiques du sport tricolore haussent le ton. Leur cible : une gouvernance internationale qu’ils jugent déconnectée des réalités du terrain et des attentes des athlètes.
Des ambitions mondiales affichées pour New Delhi
À quelques jours du rendez-vous planétaire prévu du 17 au 23 août dans la capitale indienne, le duo français affiche des objectifs clairs. Médaillés de bronze l’an passé à Paris, Thom Gicquel et Delphine Delrue visent désormais la finale.
« C’est compliqué de faire mieux parce qu’évidemment, faire mieux, cela revient à atteindre la finale », confie Thom Gicquel. Pour y parvenir, les champions français devront franchir le cap de la demi-finale, étape où ils avaient buté précédemment.
Le joueur se montre confiant quant à leur progression : « Je pense qu’on avait peut-être été un peu timides l’année dernière ». Cette fois, il estime qu’ils disposeront de « plus de clés » pour décrocher une place en finale, tout en privilégiant une approche match par match.
Une médaille parisienne historique encore dans les mémoires
Le bronze obtenu un an auparavant sur le sol français reste gravé dans les esprits. Pour Delphine Delrue, ce moment revêt une dimension particulière : « Faire notre première médaille mondiale devant la famille et le public français, c’était un moment assez incroyable ». Elle regrette néanmoins de ne pas en avoir suffisamment profité.
Son partenaire partage cette émotion : « Moi, j’ai vécu ça comme quelque chose d’historique, effectivement ». Il rappelle que seule Hongyan Pi avait réussi cet exploit 15 ans auparavant. Cette performance à Paris a « décuplé le plaisir » et permis de compenser la déception des Jeux olympiques 2024.
Une progression constante vers les sommets
Actuellement 5èmes mondiaux, les Français visaient le top 4 cette saison. S’ils n’ont pas encore remporté de tournoi majeur, leur régularité impressionne : une finale et deux demi-finales lors des trois derniers Super 1000.
« Je pense qu’on est bien plus stable en termes de niveau de jeu », analyse Thom Gicquel. Le duo a gagné en maturité, se montrant « plus calme aussi après une contre-performance » et « plus mature par rapport aux résultats qu’on a ».
Une polyvalence technique retrouvée
Delphine Delrue souligne leur évolution tactique : « Avant, on avait vraiment un style de jeu et on n’arrivait pas trop à switcher sur d’autres, alors que maintenant, on arrive à en jouer plusieurs à un très bon niveau ». Cette polyvalence technique s’accompagne d’une sérénité mentale accrue.
Le badminton français reconnu… mais pas écouté
Si la discipline française gagne en visibilité internationale, avec des joueurs qui décrochent davantage de contrats et de partenariats, la reconnaissance institutionnelle fait défaut. « Au niveau des instances, en revanche, je pense qu’on n’y est pas encore », déplore Thom Gicquel.
Le constat est amer : « Le joueur de bad n’a aucun poids auprès des instances ». L’association des joueurs est même qualifiée de « complètement inutile ». Cette situation s’explique en partie par la culture asiatique dominante du sport, où « ce n’est pas dans leur culture de se plaindre ». Seuls les Français et les Danois osent hausser la voix.
Des réformes contestées et un dialogue rompu
Les critiques les plus virulentes visent les récentes décisions de la Fédération internationale. « Il y a plein de choses qui ne vont pas », martèle le joueur français.
Le passage à 15 points : une réforme incomprise
Prévu pour 2027, le changement de règle réduisant les sets à 15 points gagnants suscite l’opposition massive des athlètes. Selon Thom Gicquel, les joueurs auraient majoritairement voté contre.
« D’abord, parce que c’est juste une mauvaise réponse. On perd du temps à changer ça », fustige-t-il. Le timing est particulièrement critiqué : « une année avant les Jeux ». « Oui, le timing est très mauvais », confirme Delphine Delrue.
Le couple français avait exprimé un avis négatif, mais celui-ci n’a jamais été relayé. Dans la vidéo de présentation, la Fédération n’a diffusé « que ceux qui étaient en accord ». « On n’était pas apparus », regrette Gicquel.
Un storytelling défaillant
Pour le Français, le véritable problème réside ailleurs : « Le vrai problème, c’est qu’il n’y a pas d’histoire autour des joueurs, qu’on ne les connaît pas, qu’il n’y a rien si on compare au storytelling du tennis ». La Fédération se pose selon lui « des mauvaises questions ».
L’impact sur le jeu inquiète également. Dans certaines salles asiatiques, où créer du spectacle s’avère déjà ardu, « il y aura des matchs de 20 minutes en double qui ne vont ressembler à rien ».
L’extension des tournois : un privilège pour les simples
L’allongement des Super 1000 à 10 jours soulève aussi des interrogations. « Sauf que c’est seulement pour accueillir plus de joueurs de simple », pointe Thom Gicquel.
Les conséquences pour les doublistes sont préoccupantes. Delphine Delrue craint de « se retrouver avec un match de 20 minutes en trois jours », une situation absurde pour des compétiteurs de haut niveau.
Cette orientation favorisant le simple détruit selon Gicquel l’essence même du badminton, sport unique par ses « cinq catégories qui ont autant de valeur ». En privilégiant les simples dans les plus gros tournois, la Fédération affirme « que le simple est plus important », rendant le sport moins « vendable » en Europe.
Une gouvernance opaque dénoncée
Au-delà des mesures contestées, c’est le processus décisionnel qui est pointé du doigt. Les décisions ne sont « pas expliquées et elles ne sont pas soumises à nos avis », déplore le champion français.
Ce manque de dialogue et de transparence creuse le fossé entre les instances dirigeantes et les athlètes, pourtant premiers concernés par ces réformes qui bouleversent leur quotidien et leur sport.
