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Alors qu’un fragile cessez-le-feu était censé tenir depuis le 8 avril, les tensions s’intensifient dangereusement dans le golfe Persique. Entre incidents maritimes, frappes ciblées et accusations mutuelles, la région replonge dans une spirale de violence qui menace de faire exploser tout espoir d’accord diplomatique entre Washington et Téhéran.
Une trêve déjà écorchée par de nouveaux affrontements
Le président américain Donald Trump a beau affirmer que le cessez-le-feu, entré en vigueur début avril, demeure effectif, les faits parlent d’eux-mêmes. Les échanges de tirs se multiplient dans le détroit d’Ormuz et le golfe d’Oman, zone stratégique par laquelle transite un cinquième des hydrocarbures mondiaux.
Vendredi, les forces américaines ont annoncé avoir « neutralisé » deux pétroliers battant pavillon iranien qui tentaient de forcer le blocus pour rallier un port iranien. Parallèlement, des médias iraniens ont rapporté des affrontements sporadiques avec la marine américaine dans ce passage maritime devenu point de friction majeur.
Des pertes humaines dans les rangs iraniens
Un responsable iranien a déploré que dix marins aient été blessés et cinq autres portés disparus suite à des attaques américaines visant un cargo près de Minab. Téhéran accuse Washington d’une « violation flagrante » du cessez-le-feu après ces échanges de frappes.
En réaction, l’Iran a affirmé avoir dérouté vers ses côtes le pétrolier « Ocean Koi », sanctionné par les États-Unis et transportant du pétrole iranien. Le régime iranien assure avoir « immédiatement riposté en attaquant des navires militaires américains, leur infligeant des dommages importants ».
Trump menace de représailles « violentes »
Face à cette escalade, l’armée américaine a confirmé avoir ciblé des installations militaires iraniennes après que plusieurs de leurs navires eurent été attaqués jeudi dans le détroit d’Ormuz. Des explosions ont été entendues dans un port de l’île de Qeshm, située dans cette zone hautement stratégique.
Le président américain a qualifié ces incidents de « broutille » tout en brandissant la menace de représailles massives. Sur Truth Social, Trump a prévenu : « Tout comme nous les avons neutralisés une fois de plus aujourd’hui, nous les frapperons bien plus durement et bien plus violemment à l’avenir, s’ils ne signent pas leur accord, et RAPIDEMENT ! »
L’Iran verrouille le détroit d’Ormuz
Dans une démarche perçue comme une provocation par Washington, Téhéran a créé une nouvelle agence gouvernementale baptisée « Autorité du détroit du Golfe persique » (PGSA). Cette entité s’arroge le droit exclusif d’approuver les passages et de percevoir des droits pour la navigation dans le détroit d’Ormuz.
Les navires sont désormais tenus de fournir des informations détaillées sur leur propriétaire, leur assurance, leur équipage et leur itinéraire. Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a jugé cette situation « inacceptable », estimant que l’Iran tentait de normaliser son contrôle sur ce corridor maritime vital.
Appel au Conseil de sécurité de l’ONU
Les États-Unis et plusieurs pays du Golfe ont saisi le Conseil de sécurité de l’ONU pour exiger que l’Iran cesse d’entraver la navigation dans le détroit. Cette requête intervient alors que la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février par une offensive israélo-américaine contre l’Iran, s’enlise dangereusement.
Le Liban dans la tourmente des frappes israéliennes
Loin du Golfe, le Liban paie un lourd tribut à ce conflit régional. Vendredi, des frappes israéliennes ont tué dix personnes dans quatre localités du sud du pays, dont deux enfants et trois femmes. Une frappe sur le village de Toura a fait quatre morts, dont deux femmes.
Depuis le 2 mars, les bombardements israéliens au Liban ont causé plus de 2 700 morts, plus de 8 200 blessés et provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes. Un secouriste a également perdu la vie vendredi dans une frappe au sud du pays.
Le Hezbollah riposte par des attaques de drones
Le mouvement chiite libanais a affirmé avoir lancé une nouvelle attaque au moyen de drones sur une base aérienne du nord d’Israël, en représailles à des frappes israéliennes. Le Hezbollah a également revendiqué une attaque contre une base militaire proche de Nahariya.
Ces opérations interviennent après qu’Israël eut mené mercredi soir une frappe sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, tuant un commandant de haut rang du groupe armé.
Les Émirats aussi touchés par les tirs iraniens
Les Émirats arabes unis ont annoncé que trois personnes avaient été blessées vendredi suite à des frappes iraniennes sur leur territoire. Les défenses aériennes émiraties ont engagé deux missiles balistiques et trois drones tirés depuis l’Iran.
Depuis le déclenchement de la guerre le 28 février, les Émirats ont été la cible de plus de 551 missiles balistiques, 29 missiles de croisière et 2 263 drones, causant 13 morts (dont 10 civils) et 230 blessés.
Les efforts diplomatiques s’intensifient
Malgré la violence des combats, les médiations se poursuivent en coulisses. Le Premier ministre du Qatar a plaidé vendredi à Washington pour des négociations avec l’Iran lors de sa rencontre avec le vice-président américain JD Vance.
Le dirigeant qatari a jugé « impératif de s’engager sur les efforts de médiation en cours et de répondre aux causes profondes de la crise par des moyens pacifiques et le dialogue, afin de parvenir à un accord global permettant d’assurer une paix durable dans la région ».
Le rôle clé du Pakistan et de la Russie
Le Qatar a également évoqué les efforts de médiation du Pakistan pour faciliter un accord entre Washington et Téhéran. Le vice-président Vance s’était rendu à Islamabad après le cessez-le-feu du 8 avril pour tenter de conclure un accord de paix, mais sans succès.
De son côté, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a souligné la nécessité de soutenir les négociations en cours entre les deux puissances pour éviter une reprise totale des hostilités. Marco Rubio a déclaré s’attendre à une réponse iranienne dans la journée aux propositions américaines.
Négociations historiques entre le Liban et Israël
Sur le front libano-israélien, des discussions directes sont prévues les 14 et 15 mai à Washington. Les deux premières séances de négociations entre ambassadeurs israélien et libanais ont eu lieu les 14 et 23 avril, marquant les premières rencontres de ce type en 33 ans.
Le président libanais, Joseph Aoun, a toutefois posé ses conditions : un accord de sécurité avec Israël et la fin des agressions israéliennes doivent précéder toute rencontre éventuelle avec le Premier ministre Benyamin Netanyahou.
L’Union européenne appelle à s’attaquer aux causes profondes
Hadja Lahbib, responsable de l’UE pour les situations de crise humanitaire, a déclaré : « Pour qu’un cessez-le-feu puisse mener à la paix, il faut avoir le courage (..) politique de s’adresser aux causes profondes de ce conflit ». Elle a insisté : « Le Hezbollah doit cesser ses attaques et être désarmé » et « Israël doit mettre fin à ses bombardements ».
Une catastrophe humanitaire au Liban
Plus de la moitié de la population libanaise, soit plus de trois millions de personnes, dépend désormais de l’aide humanitaire pour survivre. L’Union européenne a consacré 100 millions d’euros d’aide humanitaire d’urgence au pays du Cèdre depuis le début de la guerre en mars.
Six avions d’aide humanitaire de l’UE sont arrivés et un septième est attendu. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a vérifié 152 attaques contre des structures de santé, faisant 103 morts et 241 blessés au Liban depuis le 2 mars.
Un appel d’urgence de l’ONU pour 308 millions de dollars n’a collecté qu’environ 126 millions de dollars, laissant un déficit de financement critique pour les opérations humanitaires.
Répercussions économiques en Europe
Le président du Medef, Patrick Martin, a exprimé une « grosse alerte sur l’activité » des entreprises, notamment en raison de la guerre au Moyen-Orient. Malgré la fermeture du détroit d’Ormuz, il n’y a pas eu de problèmes majeurs de pénuries en pétrole et produits dérivés, mais des hausses de prix sont observées.
Le PDG du chimiste Arkema, Thierry Le Hénaff, a confirmé avoir traversé la crise « sans aucune rupture d’approvisionnement ». En revanche, le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti) se dit « très inquiet » quant aux risques de ruptures d’approvisionnement.
Boom des ventes de voitures électriques en France
Dans un contexte de tensions énergétiques, les ventes de voitures électriques neuves en France ont bondi de 48% sur les quatre premiers mois de l’année, atteignant une part de marché de 28%.
Déploiement militaire franco-britannique
Le porte-avions français Charles de Gaulle se dirige vers les côtes yéménites après avoir traversé le canal de Suez mercredi. Cette mission s’inscrit dans le cadre des efforts franco-britanniques pour garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.
Appel pour la libération de Narges Mohammadi
Sur le plan des droits humains, les États-Unis ont exhorté l’Iran à libérer la lauréate du prix Nobel de la paix Narges Mohammadi, dont les soutiens craignent qu’elle ne meure en prison dans les conditions actuelles de détention.
