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Un dossier explosif s’ouvre pour Fabrice Leggeri. L’ancien patron de l’agence européenne de surveillance des frontières, reconverti en député européen du Rassemblement national, fait face à des accusations d’une rare gravité. La justice française s’apprête à examiner son rôle présumé dans la politique migratoire meurtrière menée en Méditerranée.
La cour d’appel a ordonné l’ouverture d’une instruction judiciaire suite aux plaintes déposées par deux organisations de défense des droits humains. Une décision qui pourrait éclairer d’un jour nouveau les pratiques controversées de l’agence Frontex sous sa direction.
Une instruction judiciaire demandée par la cour d’appel
La Ligue des droits de l’Homme et l’association Utopia 56 ont obtenu gain de cause. Après avoir déposé plainte en avril 2024, ces deux organisations voient la justice saisir un juge d’instruction pour enquêter sur les agissements de Fabrice Leggeri.
Les soupçons portent sur sa complicité présumée de crimes contre l’humanité et de torture. Les faits reprochés remonteraient à la période où il dirigeait Frontex, l’agence européenne chargée du contrôle des frontières extérieures de l’Union.
Emmanuel Daoud, avocat de la LDH, se félicite de cette avancée judiciaire. Il souligne que « pour la première fois, un juge d’instruction français va examiner les conditions de la responsabilité pénale éventuelle de Fabrice Leggeri dans l’hécatombe qui a abouti à des milliers de morts en Méditerranée, enfants et femmes notamment. »
Des refoulements meurtriers en Méditerranée
Les accusations visent la participation de l’ancien directeur à une politique systématique de refoulement. Selon les plaignants, il aurait encouragé les interceptions d’embarcations de migrants par les autorités grecques et libyennes, empêchant ces navires d’atteindre l’Italie.
La Ligue des droits de l’Homme dénonce dans sa plainte une stratégie délibérée : « Il a fait le choix d’une politique visant à faire obstacle, quel qu’en soit le prix – en vies humaines notamment – à l’entrée des personnes migrantes au sein de l’UE. »
Un bilan humain dramatique
Les chiffres témoignent de l’ampleur du drame. Depuis 2014, au moins 82 000 réfugiés sont morts ou portés disparus, dont 34 000 en Méditerranée. Cette mer est devenue la route migratoire la plus meurtrière de la planète.
Le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme considère ces statistiques comme largement sous-estimées. L’organisation internationale pointe également les « violations graves » subies par les migrants détenus dans des centres officiels et clandestins en Libye.
Le rapport accablant de l’OLAF
L’enquête s’appuie sur plusieurs éléments probants : articles de presse, rapports d’ONG et surtout le document de l’Office européen de lutte antifraude. Ce rapport de l’OLAF avait d’ailleurs provoqué la démission forcée de Fabrice Leggeri en avril 2022.
Les conclusions de cette investigation européenne ont confirmé le recours massif et illégal au refoulement de demandeurs d’asile. Plus grave encore, le rapport établit que Frontex était pleinement informée de ces pratiques.
Une continuité entre fonction et engagement politique
Patrick Baudouin, président de la Ligue des droits de l’Homme, établit un lien direct entre les actions passées et l’engagement actuel de l’intéressé. Selon lui, Fabrice Leggeri aurait mené « une politique délibérée et illégale de rejet des migrants ». Il ajoute : « Il y a d’ailleurs une concordance de pensée et d’action entre ses fonctions de directeur exécutif à Frontex et son positionnement politique actuel au RN. »
Le RN face à une affaire embarrassante
Élu en 2024 sur la liste de Jordan Bardella aux élections européennes, Fabrice Leggeri occupe désormais un siège de député européen du Rassemblement national. Cette procédure judiciaire survient donc à un moment politiquement sensible pour le parti.
L’intéressé dénonce pour sa part des accusations sans fondement. En 2024, il évoquait « des allégations incorrectes » relevant de « manœuvres politiciennes » visant à « discréditer la liste du RN » en pleine campagne des européennes.
Malgré cette défense, l’affaire est perçue comme particulièrement gênante pour le Rassemblement national, qui voit l’un de ses élus européens confronté à la justice pour des faits d’une gravité exceptionnelle.
