
requête_interdiction_paris
La préfecture de police de Paris a pris la décision controversée d’interdire un rassemblement prévu ce samedi dans la capitale. Cette mobilisation devait dénoncer les exécutions politiques en Iran, mais les autorités françaises ont finalement bloqué l’événement en invoquant des risques pour l’ordre public. Une décision qui intervient dans un contexte diplomatique sensible.
Une interdiction justifiée par des risques d’affrontements
L’arrêté préfectoral publié jeudi soir vise une manifestation qui devait se tenir samedi à 14h00 aux abords de l’Hôtel des Invalides, dans le VIIe arrondissement parisien. Les autorités évoquent un « contexte national et international particulièrement tendu » pour justifier leur choix.
La préfecture met également en avant un « risque sérieux qu’à l’occasion de cette manifestation aient lieu des affrontements entre des militants aux opinions antagonistes de nature à troubler gravement l’ordre public ». La présence de « plusieurs bâtiments publics et représentations diplomatiques » dans le secteur renforce, selon elle, la nécessité de cette interdiction.
Un timing diplomatique qui soulève des questions
L’annonce de cette interdiction intervient quelques heures seulement après un entretien téléphonique entre Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, et son homologue iranien Abbas Araghchi. Une coïncidence temporelle qui n’a pas échappé aux organisateurs du rassemblement.
Ces derniers dénoncent une décision prise « sous des prétextes sans fondement » et expriment leur totale « incompréhension » face à cette mesure. Le collectif Voix d’Iran, initiateur de l’événement, regroupe plusieurs associations de la diaspora iranienne ainsi que des ONG françaises et internationales.
Le Quai d’Orsay se défend
Face aux accusations, le ministère des Affaires étrangères a réagi en affirmant que Jean-Noël Barrot « n’a pas évoqué cette manifestation ou demandé son annulation » lors de son échange avec le diplomate iranien.
Une action en justice déposée en urgence
Les représentants légaux du collectif n’ont pas tardé à réagir. Me Vincent Brengarth et Me William Bourdon ont déposé une requête en urgence auprès du tribunal administratif de Paris pour faire annuler la décision préfectorale.
Me Vincent Brengarth, avocat de NDH (l’une des organisations co-organisatrices), dénonce : « Cette motivation extraordinairement tardive est la traduction de l’absence de tout bien-fondé de cette mesure d’interdiction et de son caractère arbitraire ». La requête invoque « l’atteinte manifestement illégale portée à la liberté de manifester ».
Une mobilisation chargée de symboles historiques
Le choix du 20 juin pour cette manifestation n’est pas anodin. Cette date commémore la grande manifestation du 20 juin 1981 à Téhéran, qui avait rassemblé 500 000 participants avant d’être violemment réprimée par le régime iranien.
Selon le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), cet événement historique a marqué « le début de la résistance à la dictature religieuse ». Le collectif Voix d’Iran comprend notamment le CNRI, vitrine politique de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI ou MEK), l’Association des femmes iraniennes en France et le Comité de soutien aux droits humains en Iran (CSDHI).
Un message politique fort contre l’oubli des droits humains
Azadeh Alemi, porte-parole de Voix d’Iran, avait clairement défini l’objectif de cette mobilisation. Il s’agissait de rappeler qu’« un accord diplomatique, aussi important soit-il, ne peut justifier l’oubli des droits humains, et aucune désescalade régionale ne doit se payer au prix du silence sur la répression intérieure » en Iran.
Ce message résonne particulièrement dans le contexte actuel, alors que les organisations non gouvernementales alertent sur la multiplication des exécutions d’opposants en Iran depuis les manifestations de janvier. Par ailleurs, Washington et Téhéran ont conclu mercredi un protocole d’accord visant à mettre fin au conflit qui les oppose depuis le 28 février.
