entreprise_silhouettes_egalite
Malgré des décennies de lutte pour l’égalité salariale, les chiffres restent obstinément dans le rouge. Les données révélées par l’Insee dressent un constat alarmant : au rythme actuel, il faudra plus d’un demi-siècle pour que les femmes perçoivent les mêmes revenus que leurs homologues masculins. Un ralentissement préoccupant de la réduction des inégalités inquiète les observateurs.
Un ralentissement inquiétant de la réduction des inégalités
En 2024, l’écart de revenu salarial s’établit à 21,8 % entre les femmes et les hommes. Cette année-là, la réduction n’a été que de 0,4 point, un chiffre bien en deçà de la moyenne annuelle de 0,9 point observée entre 2019 et 2023.
Si cette tendance de 2024 se maintient, il faudrait 54,5 années supplémentaires pour combler totalement cet écart. Une perspective décourageante pour les défenseurs de l’égalité professionnelle.
Concrètement, les femmes ont perçu en moyenne 22 060 euros en 2024, contre 28 220 euros pour les hommes. Soit une différence de plus de 6 000 euros sur l’année.
Des disparités qui persistent même à temps de travail équivalent
Lorsqu’on compare les rémunérations à temps de travail identique, l’écart demeure significatif : 14 % en 2024. Un chiffre certes en baisse par rapport aux 22,1 % de 1995, mais qui témoigne d’une progression trop lente.
Le volume de travail annuel des femmes reste également inférieur de 9,1 % à celui des hommes en 2024. Cette différence était de 14,9 % en 1995, montrant une réduction progressive mais insuffisante.
L’âge, un facteur aggravant des inégalités
Les écarts varient considérablement selon les tranches d’âge. Chez les moins de 25 ans, à temps de travail identique, l’écart n’est que de 3,2 %. En revanche, pour les salariés de 60 ans et plus, il grimpe à 24,1 %.
Paradoxalement, les jeunes femmes travaillent 15,8 % moins d’heures que leurs collègues masculins, tandis que cet écart se réduit à 7,9 % pour les seniors.
Les métiers et secteurs, sources d’inégalités
Les différences salariales varient fortement selon les catégories socioprofessionnelles. Les employées gagnent 1,3 % de moins que leurs collègues masculins à quantité de travail égale, un écart relativement faible.
À l’opposé, chez les ouvriers, l’écart atteint 20 %. Pour les professions intermédiaires, il s’établit à 9,8 %, et chez les cadres à 4,3 %.
La taille de l’entreprise joue aussi un rôle
Dans les grandes entreprises de plus de 5 000 salariés, l’écart salarial s’élève à 13,2 %. À l’inverse, dans les structures de moins de 10 salariés, il n’est que de 5,4 %.
Ces variations s’expliquent notamment par les différences d’organisation, de conventions collectives et de politiques de rémunération selon la taille des structures.
La ségrégation professionnelle, une explication majeure
Au-delà des chiffres bruts, l’Insee pointe du doigt plusieurs facteurs explicatifs. La ségrégation professionnelle demeure centrale : les femmes occupent majoritairement des métiers traditionnellement moins rémunérateurs.
L’institut statistique note également une « insertion un peu plus tardive sur le marché du travail des femmes, car elles sont en moyenne plus diplômées que les hommes. »
À emploi strictement comparable, l’écart de salaire net en équivalent temps plein est estimé à 3,6 %, suggérant que même en neutralisant tous les facteurs objectifs, une part d’inégalité persiste.
